lundi 11 mars 2013

Connaissez-vous le Belem ?


Le Belem est un navire qui a vécu pas moins de cinq vies, changé trois fois de nationalité pour finir par retrouver le tricolore de ses origine. Entre 1951 et 1979 il passa une période de son histoire à Venise, ville qu'il pourrait retrouver en 2014

Sur les traces de son passé, le trois-mâts français devrait revenir à Venise en 2014, 35 ans après son départ de la Cité des Doges. Le maire de la ville, Giorgio Orsini, s’est montré très enthousiaste à l’idée d’accueillir le grand voilier lors d’une rencontre le mois dernier avec le président de la fondation Belem. Il faut dire que le navire et Venise partagent une véritable histoire. Le Belem, construit à Nantes en 1896, fut en effet italien entre 1951 et 1979. Le comte Vittorio Cini l’avait racheté pour sa fondation dédiée aux orphelins de marins et pêcheurs (les marinaretti) installée sur l'île San Giorgio Maggiore, en face de la place Saint Marc. Rebaptisé Giorgio Cini et gréé en trois-mâts goélette, le voilier servait de navire école et a sillonné la Méditerranée pendant de nombreuses années, avant d'être jugé trop vieux et trop vétuste pour cette mission.


Retrouvé par un Français en 1979
Lors d’un séjour à Venise, un Français passionné de vieux gréements, le docteur Luc Gosse, visita le bateau amarré à San Giorgio Maggiore. C’est en parcourant le Giorgio Cini qu’il découvre sur le fronton de la dunette une petite peinture du trois-mâts surmontée du mot : "Belem". Grâce à l'appui de la Caisse d'Epargne, le voilier sera racheté en 1979 et rapatrié en France pour être restauré. Pour le gérer, le groupe bancaire a créé, en 1986, la Fondation Belem, qui propose depuis des stages de découverte à bord du navire, le long des côtes européennes.

Rembarquer les anciens marinaretti
Une fondation qui, aujourd’hui, aimerait faire retrouver Venise au Belem et, à cette occasion, organiser un grand évènement : "Nous avons imaginé le faire revenir au cœur de la Sérénissime, l'amarrer au pied du musée naval, organiser – pourquoi pas ! - une parade de gondoliers à la rame pour son entrée dans l'Arsenal, étoffer et réécrire, grâce aux archives, l'histoire de la période italienne du Belem et enfin programmer des stages de navigation au départ et à destination de Venise pour les anciens marinaretti rêvant d'embarquer à nouveau".

En attendant que ce projet voie le jour, le trois-mâts se refait actuellement une beauté à Saint-Nazaire, avant de reprendre la mer mi-mars, pour débuter sa saison de navigation.

Pour tout savoir sur l'histoire du Belem




lundi 25 février 2013

L'EPFL va numériser les archives de Venise

Article de l'agence télégraphique suisse publié sur le site du journal 20 minutes

L'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne et l'Université Cà Foscari de Venise ont paraphé samedi dans la Cité des Doges la création d'un centre de recherches commun sur les "humanités digitales".

Patrick Aebischer a présenté samedi le programme commun de l'EPFL et de l'Université CA'Foscari de Venise (photo: EPFL)
Baptisé «Joint Research Center for Digital Humanities and Future Cities in Venice», ce projet est hébergé dans le Telecom Italia Future Centre et bénéficiera des compétences et infrastructures de l'opérateur, ont indiqué les responsables devant la presse. Il se situe à l'interface de l'informatique et des sciences humaines.

L'accord a été signé par le recteur de l'Université Cà Foscari Carlo Carraro et le président de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) Patrick Aebischer. Celui-ci a estimé que les technologies actuelles sont à même de transformer la collaboration entre disciplines humaines et scientifiques.

Parmi les premiers projets qui seront développés figurent la digitalisation des archives, le développement de nouvelles modalités d'usage des contenus artistiques et culturels, la gouvernance des systèmes urbains, ou encore les «smart cities» du point de vue des biens artistiques et culturels.

L'EPFL dispose depuis l'été dernier en première Suisse d'un Laboratoire d'humanités digitales sous la direction du Pr Frédéric Kaplan. Il a pour mission d'appliquer le savoir-faire des sciences de l'information aux questions de sciences humaines et sociales. En 2013 et en 2014, d'autres chaires du même type devraient suivre à Berne et Lausanne.

Sur le même sujet voir également l'excellent article de Olivier Dessibourg sur le site du journal Le Temps

lundi 18 février 2013

Connaissez-vous l'histoire du Spritz ?


Texte de Rodolfo Moro, tiré du site de la Cantina La Costa et librement traduit par Aldo


Il y a celui qui lui donnent son nom officiel Spritz, celui qui utilise la version abrégée Spriz, celui qui le surnomme Spriss et celui qui le baptise amoureusement Sprissetto. Cette dernière version s'est entendue des myriades de fois dans les calli de Venise, dans la phrase généralement adressée à un ami : "N'demo bevar un sprissetto! Che tanto le parole da to mujer te le ciapi lo steso…" (Que l'on peut traduire par: "Allons boire un petit Spritz ! Tu te fera de toute façon admonester par ton épouse en réintégrant le domicile conjugal...").


Pour certains c'est un moment de détente après une journée de labeur. D'autres le considèrent comme un rituel (ceux qui ont une carrière d'étudiant universitaire savent bien ce que je veux dire). Il y a celui qui le voit comme un agréable moment de communion avec des amis et celui qui ne saurait en aucun cas y renoncer...


En somme, nous parlons de quelque chose faisant partie intégrante de la culture de la Vénétie. Mais connaissez-vous la vraie histoire du Spritz ? Pour retrouver ses probables origines il faut faire un saut en arrière dans le temps, jusque vers 1800, sous la domination de la Vénétie par les autrichiens. Les soldats, mais également les divers commerçants, les diplomates et les travailleurs de l'empire habsbourgeois, prirent rapidement l'habitude de fréquenter les petits bistrots disséminés dans les villages du Triveneto. Ils eurent par contre un léger problème. Eux qui étaient habitués aux vins de provenance autrichienne, légers et avec un faible degré d'alcool, ils se trouvèrent confrontés à la grande variété de vins plus riches et complexes de la Vénétie. De là l'habitude de demander aux aubergistes locaux de "gicler" (spritzen en allemand) un peu d'eau dans leurs verres de vin pour en réduire le taux d'alcool et les rendre plus légers. Le Spritz original était en fait rigoureusement composé de vin blanc ou rouge dilué avec de l'eau fraîche. D'ailleurs, du temps de nos grands-pères, on commandait un Spritz quand on voulait du vin avec de l'eau et un Spritz macchiato quand il fallait lui ajouter un peu de bitter.


Une première évolution du Spritz arriva début 1900, quand commencèrent à se répandre les siphons pour l'eau de seltz. Par définition, le seltz est une eau très gazéifiée qui accompagne parfaitement bien des cocktails. A la différence de l'eau gazeuse, où les bulles sont ajoutés lors de la mise en bouteille, l'anhydride carbonique est ajouté à l'eau de seltz au moment où elle est servie, au moyen d'une petite bouteille de gaz connectée au siphon. Grâce à l'eau de seltz, originaire de la localité allemande de Selters, il était possible de rendre gazeux même un Spritz à base de vins non mousseux. Cette évolution ouvrit le Spritz à une nouvelle catégorie de clientèle, comme les femmes de la haute société autrichienne, qui pouvaient dorénavant se permettre une boisson légère du point de vue alcool mais avec une touche de glamour dans sa préparation. C'est peut être ce qui fut à l'origine de l'évolution qui a fait du Spritz ce que nous connaissons aujourd'hui, une boisson existant sous un grand nombre de variétés, toutes semblables mais aucune pareille, liées étroitement au territoire et à ses ingrédients.
En effet, chaque région ou territoire a son propre Spritz: A Trieste e Udine on le sert encore liscio (sans adjonction de Bitter ou autre), en Vénétie il est exclusivement à base de Prosecco mélangé avec du Bitter Campari ou de l'Aperol, a Venise on le trouve également accompagné de Select, à Padoue on l'accompagne parfois avec du Cynar, dans le Trentin on le sert avec du Ferrari et dans le Haut Adige on le sert liscio selon la tradition autrichienne mais il prend le nom de Veneziano quand on y ajoute du Bitter ou autre chose.


Mais quelle est donc la recette du vrai Spritz ? Une excellente question qui en réalité n'a pas de réponse proprement dite... Cela parce que s'il est vrai que à la base du Spritz on trouve environ 40% de vin blanc ou de Prosecco et environ 30% d'eau gazeuse, les 30% restants des ingrédients dépendent de la recette secrète que chaque barman garde jalousement, ne la transmettant de génération en génération, avec comme seule constante, la coloration rouge. Tout le monde sait bien qu'il ne boira jamais un Spritz identique dans deux estaminets différents. Et chacun sait où trouver le meilleur Spritz, car correspondant à ses goûts personnels.



Pour terminer, une petite curiosité historique...


Si, comme je vous l'ai racconté l'origine du mot Spritz est autrichienne, mais l'habitude mélanger un peu d'eau au vin pour rendre la boisson plus légère et estivale était répandue bien avant l'arrivée des autrichiens en Vénétie.


A ce sujet, il se raconte une histoire très intéressante en rapport avec l'Arsenale de Venise...

On sait que la Sérénissime prenait un soin particulier de ses ouvriers navals, les arsenalotti. Ils avaient la garantie de la subsistance en cas de maladie, ils étaient nommés gardiens des séances du Maggior Consiglio et ils étaient les rameurs du Bucintoro lors des manifestations officielles du Doge. On leur réservait en outre un traitement spécial journalier que nous pourrions appeler aujourd'hui "goûter"... En effet, dans le courant de l'après-midi, ils avaient droit à une petite pause où on leur servait du pain et du vin rouge pour les revigorer des fatigues du travail. Pendant les grosses chaleurs estivales, le tout était remplacé par une galette et une boisson à base de vin dans lequel on avait ajouté l'eau fraîche d'un puit... Une sorte de Spritz, servi 500 ans avant l'arrivée des autrichiens sur le territoire vénète.

mardi 27 novembre 2012

Venise à la télévision du 3 au 7 décembre 2012


Les amateurs de Venise se réjouissent toujours de revoir Venise à la télévision. Même lors de rediffusions, même lors d’émissions sur des sujets rebattus, voir et revoir Venise reste toujours un plaisir.


Mais là, les amateurs vont exulter. Voilà que France 5 nous gratifie d’une série d’émissions passionnantes et aux sujets originaux : Venise 24/24.

Dans ces reportages, nous découvrons les conditions particulières du travail des Urgences à Venise. L’organisation de la sécurité durant le Carnaval de Venise. Les mesures prises lors de la visite du Pape. Un reportage sur la Biennale et ses à-côtés. La surveillance de l’évènement aquatique : la Vogalonga.

Une série de documentaires sur les conditions très particulières qu’impose cette ville où les déplacements ne se font qu’en bateau ou à pied et où les touristes sont si nombreux qu’ils peuvent parfois compliquer le travail des vénitiens.

Des émissions à ne pas rater !

Venise 24/24, toute la semaine du 3 au 7 décembre 2012, à 15h10Sur France5.

mercredi 10 octobre 2012

Campo Bandiera e Moro


La place est nommée ainsi en souvenir des frères Attilio (Venise 1810) et Emilio Bandiera (Venise 1819) ainsi que Domenico Moro (Venise 1822), trois patriotes italiens.

Attilio Bandiera


Emilio Bandiera


 
Domenico Moro

Les frères Bandiera, tous deux officiers de la marine autrichienne, adhèrent aux idées de Giuseppe Mazzini et fondent une société secrète, l'Esperia. Ils font de la propagande auprès des officiers et des hommes de troupe de la marine autrichienne, dont fait partie Domenico Moro.

Suite à une trahison, ces trois hommes ainsi que six autres insurgés passent en cour martiale et sont condamnés à mort. Ils seront fusillés le 25 juillet 1844 dans le Vallone di Rovito, province de Cosenza.


Les corps des frères Bandiera et de Domenico Moro sont rapatriés à Venise le 18 juin 1867. Les dépouilles sont enterrées à San Giovanni e Paolo.









lundi 8 octobre 2012

vendredi 5 octobre 2012

Couleurs de Burano

Petit clin d'oeil à Oscar du blog BluOscar et ses magnifiques photos de l'île de Burano. Je ne peux que vous conseiller d'aller faire un tour sur son blog.










mercredi 3 octobre 2012

Le naufrage du Giudecca


Le long de la Riva Schiavoni, j'ai photographié cette stèle commémorative, érigée en souvenir des navires de la flotte ACNIL (ancètre de l'ACTV) coulés lors de la deuxième guerre mondiale. En essayant d'en savoir plus sur ces navires, j'ai exhumé la terrible tragédie du piroscafo Giudecca.


Vendredi 13 octobre 1944, à 12h45, effectuant son service régulier entre Chioggia e Venise, le Giudecca est attaqué et coulé par trois avions américains de retour d'une mission. Cette agression fera une septantaine de victimes parmi les passagers du navire.

Ce matin là, pour des raisons de sécurité, le Giudecca avait renoncé à faire sa course de 10h30. C'est pour cette raison, qu'au départ de sa course suivante, il embarque plus de monde qu'à l'accoutumée. Combien étaient-ils ? Quelques uns avancent le chiffre de 400. Ce sont pour la plupart des gens ordinaires de Chioggia, Venise, Sottomarina et du littoral de Pellestrina. Parmi eux, quelques militaires italiens ainsi qu'une douzaine d'allemands.

Après un quart d'heure de navigation sans histoire, trois chasseurs de l'aviation anglo-américaine, volant à basse altitude sur la lagune, survolent l'embarcation. Virant sur l'aile, ne laissant à personne la possibilité de se mettre à l'abri, les avions mitraillent le pont du Giudecca et lâchent sur lui leurs bombes. La première détruit la cabine de commandement, projetant le timonier à l'eau. La seconde frappe la proue sur le côté gauche et la troisième détruit la salle des machines.



Basé sur le récit des survivants, vous pouvez lire un récit plus détaillé de l'événement (en italien) sur la page Internet en lien. En le parcourant, j'ai eu la surprise de découvrir parmi les noms des rescapés, un caporal de l'armée italienne portant le même nom de famille que moi.


Le documentaire ci-dessous relate également la tragédie.



lundi 1 octobre 2012

Calme vénitien

vendredi 28 septembre 2012

Le fantôme du Campo Ruga

J'ai trouvé ce texte sur le blog Pensiero spensierato de Donata, alias LadyGhost. J'ai bien aimé l'histoire et je vous en livre ici une version librement traduite.

Non loin de San Pietro di Castello, on trouve le Campo Ruga et le sottoportico le plus bas de Venise, le Sotoportego Zurlin. Et c'est justement là que se déroule notre histoire.

© Photo  Catherine Hédouin

Cela se passe une nuit de novembre 1929. Une de ces nuits où le vent froid vous glace l'âme et la pluie, mêlée de neige, se fait route au travers des vêtements pour vous tremper jusqu'aux os.

Le docteur, enveloppé dans son manteau pour se protéger de la pluie insistante, parcourt rapidement la route qui doit le ramener à la maison après une longue et pénible journée de labeur. Il n'aspire plus qu'à s'installer devant sa cheminée pour se réchauffer. Tout à coup, une voix féminine provenant du Sottoportego Zurlin le fait sursauter. Il se retourne et voit une jeune femme, enveloppée dans un châle noir, courir vers lui.

La jeune fille s'approche et lui dit que sa mère est gravement malade et qu'elle a un pressant besoin de soins. Elle lui demande de se presser car sa mère est au plus mal. Le visage pâle et hâve de la jeune fille est familier au docteur mais il est incapable de se souvenir où il a bien pu la voir auparavant. En voyant l'extrême maigreur de la jeune fille il se dit qu'elle aurait également besoin de soins.

La jeune fille conduit le médecin devant une pauvre demeure sur le Campo Ruga en lui disant que la malade est à l'intérieur. En observant l'habitation, le médecin se remémore de lointains souvenirs. En effet, sa vieille nourrice Elvira habitait dans les environs. La femme s'était occupé de lui durant ses jeunes années. Elle avait deux enfants, un garçon et une fille avec qui il avait souvent joué étant enfant.

Le médecin entre dans la maison e trouve la malade au lit, le front couvert d'un mouchoir humide, râlant, en proie à la fièvre. Quelle surprise ! En cette femme il reconnaît justement sa nourrice. Pas de temps à perdre, il lui faut intervenir au plus vite. Il lui administre un médicament et veille sur la vieille femme jusqu'au ce qu'elle se mette à respirer plus normalement.

Le docteur cherche autour de lui la jeune fille qui l'a conduit auprès de sa nourrice mais elle a disparu. Il aurait aimé la remercier. Si elle ne s'était pas aventurée au dehors, sous la pluie glaciale, sa mère serait sûrement morte de la pneumonie qui l'avait frappée.

Restant encore un peu avec la vieille Elvira, il lui raconte ce que sa fille a fait pour elle et lui dit qu'il aurait bien aimé saluer sa fille avant de s'en aller. La vieille femme lui dit alors que la chose ne pouvait pas être possible, sa fille étant morte de pneumonie il y a à peine un mois.

Le médecin, certain de ce qu'il avait vu, lui décrit l'habillement de la jeune fille et plus particulièrement le châle qu'elle portait. La femme lui confirme la mort de sa fille mais admet qu'elle portait un châle de ce genre. Elle lui montre une armoire dans laquelle elle a conservé quelques effets ayant appartenu à sa fille.

Le médecin ouvre l'armoire et découvre, posé sur la pile de vêtements, un châle de laine qui semble avoir été plié récemment. Le docteur le prends alors en main... il est encore humide.