mardi 10 novembre 2009

De l'art ou du cochon ?


Durant mon dernier séjour, je suis passé très souvent à côté de cette « chose » amarrée le long du Viale dei Giardini Pubblici à Castello. A chaque fois, je me suis dit que la voirie de Venise faisait bien mal son travail en n’enlevant pas rapidement cette épave qui défigurait la belle promenade.

Ce n’est que ce matin que j’ai découvert sur le site de
Venezia Observer, qu’il s’agissait en fait de l’une des œuvres de la 53ème biennale… quel inculte je peux faire !

Passerelle privée

Cette photo a été prise de manière acrobatique. Penché dangereusement au dessus du Rio de San Tomà, tout au bout de la Calle Amor dei Amici, dans le sestiere de San Polo. Mon épouse me retenait par la ceinture pour m’éviter de glisser et de passer à l’eau. Le coup d’œil en valait la peine.

lundi 9 novembre 2009

Calle Amor dei Amici

A tous ces appels, j’ai fini par obéir. Ce fut en octobre 1924 que je tentai l’aventure. Je ne vous en dirai pas le détail. Vous le pourrez lire dans les dernières pages de mon Altana. Vous y verrez que Venise est toujours aussi belle et comment elle est devenue pour moi la Venise retrouvée, retrouvée en toute sa beauté, en tout son charme, en ses souvenirs et aussi en ses surprises, car on ne la connaît jamais entièrement et il y a toujours à apprendre quelque chose d’elle. On ne sait jamais toutes ses couleurs et tous ses reflets, tous ses silences et toutes ses voix, tous ses détours et tous ses mystères, tout son ciel et toutes ses eaux, toute sa lagune, tous ses palais, toutes ses calli. On y fait toujours des découvertes. A mesure que je la retrouvais, ma Retrouvée, je m’apercevais qu’elle ne m’avait pas encore tout dit d’elle-même. J’ignorais cette nuance de l’eau, cette rose dépassant ce vieux mur, cette voile de barque, ce geste de gondolier, cet écho de pas, ce bruit de rame. Jamais je n’étais passé par cette étroite calle, qui porte ce nom charmant : Calle Amor dei Amici. Savais-je que le Ponte Tetta se nomme ainsi des courtisanes du quartier qui jadis, à leurs fenêtres, se montraient, le sein nu, afin d’engager la jeunesse vénitienne à s’embarquer plutôt pour Cythère que pour Sodome ? On ne connaît jamais Venise et toute une vie n’y suffirait pas ; aussi j’espère que mon Ombre fidèle y errera à jamais, qu’elle y apparaîtra à son tour dans les miroirs des vieux palais, qu’elle s’accoudera à la rampe aérienne de quelque altana et que quelque poète de l’avenir la mêlera aux contes que lui inspireront l’amour de la Cité marine et le souvenir le la Ville chantée.

Henri De Régnier (extrait de la préface des « Contes vénitiens »)


Vitrine d'un fabriquant de masques dans la Calle Amor dei amici.

Pas facile à trouver le ponte de le Tette !

Douceur de vivre

Quelques photos prises fin octobre. Il a fait tellement beau que c'était un plaisir de profiter de ce dernier répit avant les froidures de l’hiver.




jeudi 5 novembre 2009

Station service


Venise a beau ne pas connaître le trafic routier, il n'en reste pas moins le trafic "flottant". Un grand nombre de ces barques sont propulsées par des moteurs. Qui dit moteur dit essence et qui dit essence dit station service. En voici une située sur la Fondamenta della Sacca San Girolamo, dans le sestiere de Cannaregio. Je ne sais pas combien il y en a à Venise mais je n'en ai vu que deux lors de mes ballades.

mercredi 4 novembre 2009

Portes secrètes

Photos prises au hasard de mes déambulations. On se prend à s’interroger sur les merveilles ou les secrets que cachent ces ouvertures.



Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu'y circule librement la brise que m'apportent les cultures de tous les pays. (Ghandi)


mardi 3 novembre 2009

Fero da próva

Savez-vous que le fer de proue des gondoles (en vénitien fero da próva ou dolfin) était autrefois réalisé en fer par les forgerons de Magnago et Zoldo et pesait entre 12 et 22 kilos ? De nos jours il est produit industriellement avec un alliage base d’aluminium et ne pèse plus que 7 kilos.

Sa forme a traditionnellement pour but de rappeler les six sestieri de Venise (les barrettes tournées vers l’avant), la Giudecca (la barrette tournée vers l’arrière), le couvre-chef du Doge (la partie supérieure du fer de proue), le pont du Rialto (la petite arche au dessus de la première barrette) ainsi que le grand canal (représenté par la courbure en forme en « S » entre le point le plus haut et le point le plus bas du fer de proue).

Sur certaines gondoles de fabrication plus récente, les arabesques, entre les barrettes représentent les trois îles les plus importantes de la lagune, Murano, Burano et Torcello.

Jour de lessive à Castello

Dans le sestiere de Castello, c'est tous les jours le "jour de la lessive". J'aime ces notes colorées qui égaient les ruelles de Venise.








lundi 2 novembre 2009

Veneto in bocca


J’ai retrouvé dans mon grenier un livre que j’ai acheté à Venise dans les années 80. Il s’agit d’un livre de cuisine un peu particulier. Déjà par son aspect, il sort de l’ordinaire. La couverture est en carton ondulé. Les textes sont imprimés sur un papier d’emballage comme celui utilisé dans les boucheries italiennes (carta paglia). Mais ce qui donne un charme tout particulier à cet ouvrage, c’est que les 79 recettes sont écrites en dialecte vénitien (veneto et non veneziano). La traduction italienne et anglaise est donnée pour ceux qui ne parlent pas veneto couramment. Il est illustré de gravures anciennes et accompagné de quelques dictons en vénitien. Un glossaire des termes vénitiens complète ce savoureux ouvrage.

Je ne peux pas résister au plaisir de vous retranscrire une recette des plus typiques :

Risi e bisi

La tradizion veneziana dixe che el giorno de San Marco, 25 april, tuti i veneziani gà da magnar risi e bisi, parchè una volta al tempo dei Dogi, questa gera la minestra che compariva in tola del Serenissimo Principe e de i so nobili invitati. Infati, sto bon magnaréto vien parecià coi bisi “magnatuto”, cioè i biseti noveli che vien giusto de sta stagion primaveril.

Eco la maniera :
Se fa desfrizar la solita ségola tagiada fina fina con un fià de ogio e de butiro e insieme se ghe mete anca un poca de panséte magra (o parsuto cruo) tagiada a tochettini.
Apena che la ségola ga ciapà color, se ghe zonta i risi (un pugno a testa) e se ghe dà una leziera scaltria.
Dopo se ghe zonta el “brodo verde”, cioè il liquido che xe saltà fora fasendo bògiar in acqua salada i scorzi dei bisi e passandoli al tamiso quando che i xe coti.
Quando che i risi xe a metà cotura, se ghe buta dentro i bisi (1 kg. e mezzo) con un bel pugno de parzemolo trità.
Quando che i risi xe al dente, se destùa el fogo e se ghe zonta ala minestra un tochetin de butiro e un poco de formagio grana gratà.
Se pol anca masenarghi par sora un fià de pevare, ma che el sia bianco.

Et en voici la traduction française :


Risotto aux petits pois

La tradition vénitienne veut
que le jour de la Saint Marc, le 25 avril, tous les vénitiens se doivent de manger le risotto aux petits pois. A l’époque des Doges, ce plat était servi au Sérénissime et ses nobles invités. Il faudrait préparer ce plat avec des pois « mangetout » que l’on trouve à cette période printanière.

Voici la façon de procéder :
Faire revenir un oignon coupé très fin avec un peu de pancetta maigre (ou du jambon cru) coupée en petits morceaux.
Une fois que l’oignon a pris couleur, ajouter le riz (une poignée par personne) et remuer le tout.
Ajouter le « bouillon vert » obtenu en faisant bouillir les cosses des petits pois dans de l’eau salée et que l’on tamisera une fois cuites.
A mi-cuisson, ajouter les petits pois (1 kilo et demi) et une bonne poignée de persil haché.
Quand le riz est al dente, éteindre le feu et ajouter un peu de beurre et de grana râpé.
On peut également ajouter un peu de poivre pourvu qu’il soit blanc.


Veneto in bocca
De Mila Contini
Éditions Edikronos
1982 - 236 pages

Hostaria da Franz


En attendant d’avoir trié les nombreuses photos faites durant mon dernier (trop) court séjour, je veux vous faire part d’une découverte gastronomique faite la veille de notre départ de Venise.

A quelques pas de notre logement, dans le Castello, juste derrière les giardini de la biennale, nous avons trouvé un charmant petit restaurant, l’Hostaria da Franz. A mon avis, l’un des meilleurs restaurants de poisson de la ville. Ahhhh les lasagne ai frutti di mare, j’en salive rien qu’à y repenser ! Les plats sont raffinés, les vins excellents et le service impeccable. Le personnel du lieu est aux petits soins pour tout un chacun.

Outre la découverte culinaire, c’est la rencontre avec Gianfranco « Franz » Gasparini, le maître des lieux, qui nous a le plus réjoui. Gianfranco, 68 ans, est le chef de cuisine et l’âme de l’Hostaria. Toute sa vie, il a travaillé dans des restaurants prestigieux un peu partout en Europe. A la retraite, il continue a travailler pour le plaisir. Ce soir là, son fils Maurizio ayant dû s’absenter, c’est lui qui officiait dans la salle. C’était un véritable poème de le voir passer d’une table à l’autre, toujours souriant, toujours prêt à commenter la carte quelle que soit la langue de ses convives. Que ce soit en français, allemand ou anglais, Gianfranco vous explique dans le détail ce que vous allez retrouver dans votre assiette. Son accent italien ajoute une note de charme à ses explications. Il a l’œil à tout. De temps en temps, il lance des recommandations en vénitien à ses « tosi », c’est ainsi qu’il appelle affectueusement les serveurs.

En fin de repas, une fois le coup de feu terminé, c’est autours d’une très bonne grappa que nous avons pu faire plus ample connaissance avec notre amphitryon. Une rencontre magique, comme on aimerait en faire plus souvent.

Une chose est sure, je retournerai à l’Hostaria da Franz lors de mon prochain séjour dans la Serenissima. Et tant pis si je ne figure pas sur l’impressionnante liste des personnes célèbres qui ont mangé en ce lieu féerique.